L'industrie de la volaille est l'un des secteurs économiques les plus prometteurs partout dans le monde incluant les pays à revenu faible ou modéré comme la Tunisie. Actuellement, la volaille est la seconde viande la plus consommée au monde, juste derrière le porc. Selon un rapport de la FAO1, la production mondiale de volailles en 2016 était de 115,8 Mt. Selon ce même rapport, une progression de la production de volailles de 14 % entre 2016 et 2025 est attendue, ce qui ferait de la filière volaille la première production de viandes au monde (131,3 millions de tonnes en 2025). Dans le cas particulier de la Tunisie, l’aviculture est un secteur stratégique qui représente 33% de la production animale, 12% de la production agricole et 59% de la production de viande.

Malgré son énorme potentiel, le secteur avicole est confronté à de nombreuses contraintes pouvant influencer négativement sa rentabilité. En effet, les exploitations avicoles sont soumises à diverses maladies pouvant entraîner des pertes économiques considérables et des conséquences majeures sur la santé humaine. Un des moyens utilisés pour prévenir ces maladies est le recours aux antibiotiques. Pour le poulet de chair, la salinomycine, la virginiamycine et la bacitracine sont trois antibiotiques largement utilisés tout au long de la chaîne de production, de l’étape de démarrage à la finition en passant par la production. Ces antibiotiques sont efficaces contre plusieurs bactéries  à Gram positif telles que Clostridium perfringens responsable de l'entérite nécrotique, une des principales préoccupations des producteurs de poulets de chair conventionnels et biologiques dans le monde2.  Malheureusement, l’utilisation abusive de ces antibiotiques qui possèdent beaucoup de similitudes avec ceux utilisés en médecine humaine a entraîné une augmentation inquiétante du nombre de bactéries multirésistantes (BMR). Cette situation a conduit l’Union Européenne à décréter en 2006 l’interdiction complète des antibiotiques à titre de facteurs de croissance dans les aliments pour animaux. Les premières espèces animales touchées par cette interdiction sont les porcs et les volailles, principales productions à recourir à ce type d’additifs nutritionnels. Malheureusement, ces mesures ne sont pas appliquées partout dans le monde et la situation demeure alarmante dans les pays à revenu faible ou modéré comme la Tunisie où la législation, la surveillance réglementaire et les systèmes de surveillance de l’utilisation des antibiotiques, ainsi que la prévention et le contrôle des BMR, sont faibles ou inadéquats1.La recherche et la mise en place de nouvelles approches alternatives est plus que nécessaire afin de réduire ou d’éliminer progressivement le recours aux antibiotiques en élevage.

1Situation de la production et du marché des volailles de chair Bilan 2016. Site : https://www.itavi.asso.fr › download, consulté le 14 novembre 2019

2 Shojadoost et al. 2013. JAPR Research report, Poultry Science Associations, 160-167.

 

Les travaux réalisés permettront de répondre plus spécifiquement à quatre grandes questions de recherche :

Question 1 :   Quel est le panorama actuel de la résistance aux antibiotiques dans les exploitations avicoles en Tunisie?

Question 2 :   Des bactériocines d’origine intestinale sont-elles capables d’inhiber significativement les souches pathogènes multirésistantes aux antibiotiques, isolées de carcasses de volailles en Tunisie?

Question 3 :   Comment se comportent ces bactériocines dans le tractus gastrointestinal de poulets et quels sont leurs impacts sur la composition, la dynamique et le métabolisme du microbiote colique des volailles?

Question 4 :   Quel est l’impact de cette approche naturelle sur les performances zootechniques des volailles ainsi que sur la qualité microbiologique des carcasses après abattage?

Les travaux réalisés dans le cadre de ce projet permettront de :

  • Générer de nouvelles données sur la prévalence de la résistance aux antibiotiques dans les exploitations avicoles en Tunisie;
  • Rassembler une banque de souches pathogènes bien caractérisées;
  • Créer une collection unique de cultures bioprotectrices en production animale (volaille et autres espèces animales);
  • Produire des bactériocines purifiées et des consortia synergiques bien caractérisés;
  • Développer des procédés industriels écoresponsables et extrapolables à grande échelle pour la production et la stabilisation des ingrédients actifs à base de cultures bioprotectrices et de bactériocines;
  • Générer des preuves scientifiques permettant de valider l’efficacité de l’approche naturelle proposée dans les conditions réelles des exploitations avicoles en Tunisie.